Aujourd’hui, je me suis barré de la plateforme de streaming musical en ligne SoundCloud et ça m’a fait un bien fou.
Cela faisait quelques années que j’avais un compte sur cette plateforme et je publiais de temps à autre des morceaux ou des albums, en écoute et libre d'accès. Il ne se passait pas grand-chose avec mon compte SoundCloud - pas beaucoup d’écoutes ou d’abonnés - mais bon, c'était gratuit et ça me donnait un peu de visibilité.
Cependant, quand j’ai lancé mon activité de compositeur, j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure : payer un abonnement - le forfait Artist Pro qu’ils l’appellent - à 88 € par an. Après tout, SoundCloud te fait miroiter que c’est hyper utile pour les artistes comme moi qui ont besoin de développer leur visibilité et leur audience...
Alors, j'ai foncé !
En deux ans à payer ce forfait, à faire des sorties régulières, mettre à jour mon espace et l'entretenir, j’ai augmenté péniblement mes abonnés de - peut-être - 5 personnes. J’ai également eu quelques centaines d’écoutes supplémentaires, ouaaaah !
...mais attention ! Spoiler alerte, y'a évidemment une embrouille. Avec ce forfait, la plateforme est maligne : lorsque tu sors un morceau, tu peux booster son audience pendant une semaine. Et donc, pendant une semaine, l’algorithme met ton morceau en avant - selon ce qu’il décrypte de son analyse et de ces tags - et le propose à des gens potentiellement intéressés par le genre musical du-dit morceau. T’as donc l’impression qu'il cartonne… et tu fais effectivement pleins d’écoutes. Mais ce n’est qu’une impression : la plupart des gens à qui il est proposé ne l’écoute pas forcément déjà, et en plus de ça, après la semaine de boost, ton morceau stagne dans les tréfonds des serveurs.
Autrement dit, la plateforme - "Découvrez. Soyez découvert." / "Tout commence par un upload." / "Toutes les scènes sont ici." / "Bla bla bla bla bla."- est capable de te mettre en avant mais ne le fait pas à part si tu paies. ET MÊME SI TU PAIES, la plateforme n'assure pas continuellement son rôle de mise en avant : elle le fait juste assez pour te faire croire que ça peut marcher. Et donc te donner envie de payer encore et toujours en te maintenant dans un mensonge organisé.
Par contre ce qui est réel, ce sont les 88 € payés à SoundCloud chaque année. Ça, c'est vraiment bien réel et j’ai décidé d'arrêter de payer pour ce que je considère être une belle arnaque. Et au passage, supprimer définitivement mon compte.
Bref,... c’est l’industrie de la musique.
...et ce n’en est qu’un petit aperçu ! Apple Music, Spotify, Deezer et compagnie… Ces plates-formes vivent grassement du travail de nombreux artistes auxquel.le.s elles font miroiter qu’i.elles vont pouvoir vivre de leur musique en mettant leur disque sur leur site. Mais au final, ces plates-formes ne leur reversent qu’une microscopique part de ce qu’ils vendent, se prenant au passage une marge immense et indécente.
Bref... c’est l’industrie de la musique.
Dans la nature, on appellerait ça des parasites et donc du parasitage. Dans nos sociétés, on appelle ça le néolibéralisme et force est de constater que, même dans le milieu de la musique, cela accroisse toujours plus les inégalités : les gros artistes qui vendent déjà beaucoup, vendent encore davantage, et les petits restent dans leur coin dans l'espoir de percer suffisamment pour vivre dignement de leur métier… Ce qui n’arrive évidemment jamais ou bien très rarement. Par contre, tu peux être certain qu’Apple, SoundCloud et compagnie sont les grands gagnants de ce système-là à tous les coups !
Bref... c’est l’industrie de la musique.
Et elle ressemble bien sûr au reste du monde néolibéral dont elle est issue : le rêve, triste et moche, d’une minorité se nourrissant du cauchemar du reste du monde. Et quand je dis le reste du monde, c'est bien TOUT le monde y compris le vivant.
Bref... c’est l’industrie de la musique.
...et c’est pour toutes ces raisons que je me suis barré de SoundCloud : je sais que ça sert pas à grand chose, mais ça m’était philosophiquement inconcevable d’y rester.
Désormais ma musique est uniquement écoutable sur Bandcamp, une plate-forme qui reverse à l’artiste 83 % des revenus générés par la vente de ses albums ne gardant que 17 % pour son fonctionnement. Ce n'est pas la panacée, car Bandcamp a été racheté par un géant américain de la musique en ligne, Songtradr. A voir comment il va donc évoluer. Et Bandcamp n'offre qu'un espace aux artistes, pas plus : à chacun.ne de s'emparer de cet outil et de faire sa promotion s'i.elle veut développer sa visibilité.
Mais au moins, ils ont gardé une politique de rémunération décente. Ça reste donc pour moi la meilleure solution quant à la promotion de ce que je fais et quant à une éventuelle source de revenus complémentaires.
Atau !
Je voulais terminer par rappeler que les artistes comme moi, et ils sont très nombreux.ses, ne vivent que des commandes qu'ils font et une fois la musique créée, des ventes potentielles de leurs albums. Tout petit geste pour nous aider à accroître notre visibilité peut énormément nous aider : n'hésitez pas à reposter, à vous abonner, à liker, à acheter des albums.
Cela soutient la création originale et, en cela, permet de développer des imaginaires plus désirables que celui du cauchemar néolibéral qu'on nous vend comme unique horizon, unique mode de vie.
Il n'y a pas d'alternatives ?... IL Y EN A PLEINS !
Merci pour votre attention.
Siatz l@s de qui cau,
Amistats, M.